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Bout Ouvert Mizzshuzz Ouvert Mizzshuzz Mizzshuzz Bout Bout Femme Femme Ouvert REPORTAGE L’ablation du prépuce d’un enfant mineur, sans raison médicale, pourrait bientôt être passible d’une peine allant jusqu’à six ans d’emprisonnement…

Hakima Bounemoura

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L’Althingi, le Parlement islandais à Reykjavik, où le projet de loi visant l'interdiction de la circoncision va être soumis au vote début juin. — HALLDOR KOLBEINS
  • Une députée islandaise a proposé d’interdire, au nom des droits de l’enfant, la circoncision pour des motifs non-médicaux.
  • Le projet de loi prévoit une peine maximum de six ans de prison pour quiconque causerait « des dommages au corps ou à la santé d’un enfant en enlevant tout ou partie de ses organes sexuels ».
  • Le texte, qui devrait être soumis au vote des députés avant l’été, provoque la colère unanime des organisations religieuses.

De notre envoyée spéciale en Islande,

Réputé depuis longtemps pour être l’un des pays les plus respectueux en matière des droits de l’Homme, l’Islande souhaiterait faire passer une nouvelle loi qui va dans ce sens : l’interdiction de pratiquer la circoncision. Si l’opération, l’ablation totale ou partielle du prépuce, n’est pas réalisée pour « raisons médicales », elle serait alors passible d’une peine allant jusqu’à six ans d’emprisonnement, stipule le projet de loi déposé par la députée Silja Dögg Gunnarsdóttir.

Le souci, c’est que la grosse majorité des circoncisions sont pratiquées dans un cadre religieux. Le texte, qui devrait être soumis au vote des députés avant l’été, a provoqué l’ire des organisations juives et musulmanes de l’archipel, et un véritable tollé à l’étranger. La plupart craignant que le débat ne renforce encore davantage l’antisémitisme et l’islamophobie latents dans un pays qui compte pourtant une infime minorité de juifs et de musulmans.

« C’est une mutilation que l’on impose aux garçons »

Selon un sondage publié le 1er mars, la moitié des Islandais seraient favorables à cette interdiction. A Reykjavik, une majorité d’habitants semblent approuver le projet de loi. « Ce n’est pas une interdiction formelle. L’idée, c’est de laisser l’enfant décider, qu’il puisse de lui-même choisir de se faire circoncire ou pas. S’il le souhaite, il pourra le faire à sa majorité », affirme Askja, réceptionniste dans un grand hôtel de la capitale. Le texte de loi stipule en effet que si un garçon souhaite être circoncis pour des raisons culturelles ou religieuses, il devra attendre d’atteindre « un âge auquel il comprend ce que cet acte implique ».

Le matériel médical utilisé par le rabbin lors de la circoncision. - DAVID EBENER

« En Islande, nous avons toujours accordé la plus grande importance aux droits de l’Homme, et les droits de l’enfant en font partie », explique de son côté Gunnar, serveur dans l’un des cafés du centre-ville de Reykjavik. « La circoncision, ce n’est ni plus ni moins une forme de mutilation que l’on impose aux garçons », ajoute le jeune homme. Le texte déposé à l’Althingi, le Parlement islandais, assimile la circoncision masculine « aux mutilations génitales des femmes » qui sont interdites depuis 2005 et punies d’une peine de 6 ans de prison. L’acte est même qualifié de « violation des droits de l’Homme » car il exposerait les jeunes garçons à «  des infections et des douleurs considérables », selon le texte.

« Si la loi était votée, la circoncision rentrerait dans la clandestinité avec tous les dangers que cela représente pour l’enfant »

Dans les quartiers est de la capitale, où se trouvent notamment la mosquée et les commerces musulmans, les avis divergent. « Bien sûr qu’on se sent stigmatisés avec une telle proposition de loi, comment ne pas l’être », lâche un peu dépité Ali, un étudiant de 22 ans croisé devant le centre culturel islamique. « Si la loi était votée, la circoncision rentrerait dans la clandestinité avec tous les dangers que cela représente pour l’enfant ». Un peu plus loin, devant la mosquée de la ville, beaucoup se refusent à commenter ce projet de loi. Seul Tareq, un père de famille d’une quarantaine d’années, a daigné nous répondre : « C’est une initiative symbolique visant uniquement à nous marginaliser un peu plus. Juifs et musulmans, nous ne dérangeons personne ! »

L’Islande, pays d’un peu plus de 340.000 habitants, compte en effet très peu de juifs et de musulmans. Le terme de « minorités religieuses » n’a jamais aussi bien porté son nom : moins de 1.500 musulmans adhèrent en effet aux deux associations islamiques islandaises, selon l’Institut statistique national, et environ 250 juifs vivraient sur l’île subarctique. Et d’après les données de la Direction de la Santé, « seule une vingtaine de circoncisions auraient été pratiquées depuis 2006 en Islande ».

« La criminalisation » du judaïsme et de l’islam

Les représentants des trois religions monothéistes sont vent debout contre cette interdiction. « La circoncision est un élément essentiel de la vie juive et aucune autorité au monde ne peut interdire aux juifs d’accomplir ce commandement », s’est indigné le rabbin Pinchas Goldschmidt, le président de la Conférence des Rabbins Européens (CER). « Nous appelons les députés à abroger ce projet de loi misérable et à poursuivre leur soutien à la vie juive sans y mettre de limites ».

L’iman de Reykjavík Salmann Tamimi lors de l'un ses prêches hebdomadaires devant les fidèles musulmans. - Egill Bjarnason

Des propos similaires à ceux tenus par l’imam de Reykjavik, Salmann Tamimi. Lors de l’un ses prêches hebdomadaires devant les fidèles musulmans, le représentant religieux a indiqué que ce projet de loi était « une attaque à toutes les religions », ajoutant que « la circoncision est sans danger si elle est pratiquée à l’hôpital ».

Même son de cloche du côté de l’Eglise catholique. Cette proposition de loi « constitue une dangereuse atteinte à la liberté de religion » et risque de « stigmatiser certaines communautés », a souligné le cardinal Reinhard Marx, président de la Commission des Episcopats de la Communauté européenne (Comece). « La criminalisation de la circoncision est une mesure très grave qui suscite de profondes inquiétudes », a-t-il ajouté dans un communiqué.

« La crainte » que d’autres pays européens ne suivent l’exemple islandais

Des organisations juives internationales ont exercé ces dernières semaines des pressions intenses auprès des autorités et des législateurs islandais pour que le projet de loi soit abandonné. Du lobbying qui semblerait avoir porté ses fruits. Une commission juridique du Parlement islandais (le Comité des affaires juridiques et de l’éducation) a récemment recommandé l’abandon de la proposition de loi. Des responsables de l’Agence gouvernementale islandaise pour la protection de l’enfance – un organe consultatif dont la politique est indépendante du gouvernement – ont également déclaré ne pas vouloir soutenir le texte s’il était soumis à un vote.

Au parlement de l’île nordique, les débats ont tout de même débuté, et un vote pourrait intervenir avant la fin de la session annuelle, le 7 juin prochain. Même si l’adoption prochaine d’une loi paraît peu probable, les autorités religieuses ne sont pas pour autant rassurées. Elles craignent déjà que d’autres pays européens ne suivent l’exemple de l’Islande. Les associations de défense des droits des enfants de Finlande, du Danemark, de Suède et de Norvège ont signé une déclaration conjointe proposant l’interdiction de cette pratique religieuse. Et tout récemment, une pétition qui a reçu près de 50.000 signatures au Danemark pourrait bientôt être soumise au vote d’un projet de résolution au Parlement.

Ce reportage a été réalisé dans le cadre d’un voyage de presse.